21/09/2005

Hollynx

Ecrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture" (Jean Cocteau)

Ma relation avec les cahiers a toujours été priviliégée. Je pense sincérement pouvoir parler d'amour. Un amour complice, un amour passion. Tout a commencé quand j'avais six ans.
Une rentrée des classes comme nous l'avons tous connue, avec ses découvertes, ses surprises, ses peines et ses joies.
Ce jour-là, on nous remit une latte en bois, un crayon noir à fière allure, une gomme prometteuse et une mallette de cuir brun, le tout sentant bon le neuf.Ensuite, la maîtresse distribua à chacune ( à l'époque, l'école primaire n'était pas mixte ) une pile de cahiers dont la couverture aux couleurs passées: brun, vert ou rouge dévoilait d'une part, la marque de fabrication et d'autre part, les tables de multiplications qu'il nous faudrait apprendre.
Ces cahiers lignés, quadrillés et doubles lignes nous accompagneraient durant toute une année, nous avions donc pour consigne d'en prendre le plus grand soin.
Je me souviens avec quelle fierté j'ai ouvert l'un d'eux, ai passé mon index hésitant sur l'arête pour qu'il reste ouvert, ai caressé le papier immaculé de la première page avant d'y poser la pointe de mon crayon et tenté la copie de ce qui serait le début d'une grande aventure.
A l'époque, nous avions la méthode globale et ce n'est pas sans mal que j'écrivis: "Arlette porte sa mallette" en préface à tous mes futurs écrits.Comme devoir, nous devions couvrir et étiqueter les cahiers mais également copier trois fois cette phrase curieuse pour une première approche de la langue française écrite. Madame Debruge passa entre les bancs et d'une main ferme nota 3X en grand et en rouge dans la marge de mon cahier neuf. Elle viola ainsi mon intimité et je lui en voulus longtemps d'avoir ainsi gâché ma première page.
Il y eut les cahiers ordinaires qui connurent le crayon, la plume et l'encrier ( et oui, je suis de cette génération! ) la gomme à l'encre qui trouait le papier et enfin le stylo, bien plus confortable pour la petite fille gauchère que j'étais. Au fil des années, les cahiers devinrent des Atomas, des cahiers à spirales, des classeurs et des fardes épaisses.
De nos jours, je reste fidèle aux petits cahiers de mes six ans. J'adore les choisir au supermarché. Plus besoin de les couvrir, de talentueux artistes se sont chargé de les décorer. Chaque nouvelle écrite de ma main a son exemplaire propre et je ne sais combien de cahiers j'ai commencé pour y écrire des textes, des répertoires et une multitude de recettes de cuisine.Je ne peux me passer d'écrire les mots sur le plan horizontal qu'est le cahier que je remplis avidement de mon empreinte toute personnelle: mon écriture.
L'heure des claviers et des écrans a sonné, je sais mais je reste à l'ancienne avec le bic, la pression de ma main déformant le verso de la page, les ratures, les annotations et les gribouillis, de-ci de-là. Tous ces textes que vous lisez sur mon blog ont une histoire: ils ont été écrits sous un arbre, dans ma baignoire, au bureau, chez une copine ou sur une terrasse. Je prends plaisir à sentir les mots naître de mon bic en de grands mouvements sur le papier de mon enfance puis, refermant le cahier, je leur offre la liberté via le clavier.
http://hollynx.skynetblogs.be/



15:36 Écrit par Mediacteur dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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